C'est le baromètre de la qualité de l'emploi qui l'affirme: la marginalisation des peu qualifiés se renforce!

Un nouveau baromètre de la qualité de l'emploi met en évidence qu’il y a de plus en plus de salariés très diplômés et peu qualifiés; entre les deux, les professions intermédiaires se réduisent entre 2002 et 2015.

Un nouveau baromètre de la qualité de l’emploi vient d’être diffusé. Il est réalisé pour la CSC par la Fondation Travail Université, qui regroupe des chercheurs de l’UCL et des Facultés universitaires de Namur. Ce baromètre est basé sur les données ONSS et les enquêtes européennes Eurostat. Il met en évidence qu’il y a de plus en plus de salariés très diplômés et peu qualifiés, entre les deux, les professions intermédiaires se réduisent entre 2002 et 2015. Cette tendance est d’ailleurs conforme aux phénomènes observés dans l’enseignement avec une augmentation continue du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur et un problème récurrent de déscolarisation.

Alors que le développement économique actuel exige des niveaux de qualification supérieurs, à l’inverse, le nombre de personnes cantonnées dans des professions peu qualifiées augmente notamment sous l’effet des titres-services, pour des métiers liés au nettoyage, repassage et autres fonctions similaires. L’évolution 2002-2015 indique une tendance à la polarisation des qualifications : augmentation de la proportion de salariés très qualifiés, augmentation également de la proportion de peu qualifiés et diminution de la proportion de moyennement qualifiés. Le phénomène s’est fortement amplifié ces trois dernières années :

  • le nombre de cadres, dirigeants et gérants a augmenté de 18 %, le nombre de personnes occupant des professions intellectuelles et scientifiques a augmenté de 29 %,
  • les personnes exerçant des professions peu qualifiées connaissent une hausse de 29 %
  • les professions intermédiaires se dépeuplent. L’exemple des employés administratifs est significatif : - 27 % sur la même période.

On assiste donc à une forme de dualisation croissante des professions qui fait courir un risque accru de marginalisation des peu qualifiés. Ils travaillent dans des métiers aux conditions salariales inférieures, dans des statuts souvent précaires, avec des horaires irréguliers et souvent à temps partiel comme dans les titres services.

Le baromètre de la qualité de l’emploi et du travail a également décelé une tendance grandissante, en lien avec l’ubérisation de l’économie : une forte croissance du nombre d’indépendants qui travaillent sans personnel. En 2015, on en dénombrait 429.800, soit une hausse de 14,2 % par rapport à 2002 : + 46,9 % d’indépendants en solo dans l’information et la communication, + 47,2 dans l’enseignement et la formation et + 32,3 % dans les services aux entreprises. Dans plusieurs de ces secteurs (information et communication, santé), l’emploi indépendant en solo a même davantage augmenté que l’emploi salarié. Ces personnes effectuent souvent des tâches semblables à celles des salariés, parfois au sein des mêmes collectifs de travail, comme dans les médias ou la santé.

La forte croissance du nombre de salariés de plus de 50 ans est une autre tendance majeure de l’emploi en Belgique. De 2000 et 2015, la population de salariés de 50 ans et au-delà a augmenté de 37.300 unités chez les hommes (+ 7 %) et de 104.300 unités chez les femmes (+ 21 %). Et sur la même période, la durée moyenne de la vie de travail s’est allongée d’un an pour les hommes et de quatre ans pour les femmes. C’est la conséquence de l’alignement de l’âge légal de la retraite des femmes sur celui des hommes à partir de 2008, mais aussi de l’augmentation du nombre de femmes qui font des carrières plus longues dans les professions supérieures et intermédiaires.

Enfin, le baromètre 2016 de la qualité de l’emploi et du travail tente de mesurer l’ampleur du phénomène du détachement des travailleurs. En cinq ans seulement, de 2000 à 2015, le nombre de travailleurs détachés salariés a quasiment doublé : il est passé de 96.000 personnes à 183.000. Si l’on excepte les pays limitrophes, les travailleurs détachés viennent de Pologne (30 %), du Portugal (13 %) et de Roumanie (12 %). Phénomène en hausse également pour les indépendants détachés : leur nombre est passé de 12.000 à 35.000 en cinq ans surtout dans la construction, les transports routiers, l’ingénierie, l’informatique et les télécommunications. Les principaux problèmes soulevés par le détachement sont le dumping social, mais aussi les conditions de travail et l’absence de représentation syndicale.

Plus d’infos à : http://www.ftu-namur.org/fichiers/Barometre_qualite_emploi_travail_2013.pdf et https://uclouvain.be/fr/facultes/espo/fopes/actualites/publications-recentes.html

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