Un premier retour sur la vingtième édition des Etats Généraux de CAIPS

C’est à l’IFAPME de Charleroi que nous vous avions donné rendez-vous ce vendredi 26 octobre pour la 20 ème édition des Etats Généraux, l’évènement annuel de CAIPS qui portait cette année sur une thématique qui nous préoccupe tous et toutes, en tant que professionnels du secteur de l’insertion: l’emploi au futur… pas si simple pourtant!

En attendant la prochaine parution des Actes de « Métiers d’avenir : emplois à venir », nous vous livrons ici un aperçu de cette matinée riche en éclairages et en échanges entre salle et intervenants.  

Une fois encore, vous étiez nombreux à assister à ce colloque : 150 participants nous ont rejoint pour l’occasion, parmi lesquels des collègues venus de pas moins de 37 de nos centres affiliés et fédérations partenaires comme Lire-et-Ecrire, Aleap, Interfédé, ConcertES, Fesefa, ainsi que des représentants du Forem et des Instances Bassin Emploi Formation.

C’est en sa nouvelle qualité de Président du Conseil d’administration que Necati CELIK a souhaité à tous la bienvenue pour ces Etats Généraux qui coïncident avec les 30 ans de notre fédération. Pour introduire au sujet de la révolution numérique et des nouveaux enjeux écologiques qui toucheront le monde de l’entreprise et les travailleurs, il nous a brièvement présenté les thématiques et les témoignages d’affiliés qui étayeraient la matinée.

Les Etats Généraux constituent toujours un moment de réflexion bienvenu pour se poser et réfléchir ensemble à l’avenir du secteur de l’insertion. Face aux changements alarmistes véhiculés par les médias au sujet de la révolution numérique, de l’évolution démographique ou encore des nouveaux enjeux liés à l’environnement, que deviendront les métiers d’aujourd’hui et par conséquent comment adapter les offres de formations proposées actuellement dans les CISP ? Pour placer le décor et nous permettre de prendre de la hauteur sur les perspectives d’avenir, deux études récentes sur l’évolution du marché de l’emploi étaient proposées.

La première intervention fût celle de Vincent CALAY, Economiste et chercheur à l’IWEPS, venu nous parler, au travers d’une recherche dont le rapport a été publié en 2017, de la mutation digitale en Wallonie. L’objectif de ce travail était de proposer une évaluation de l’impact « potentiel » du processus de digitalisation et de robotisation de l’économie wallonne sur l’emploi. Cette démarche d’évaluation devait permettre ensuite d’identifier et recommander des axes de politique publique adéquats.

Que retenir de cette présentation ? Qu’il faut certainement, quand on se penche sur ces perspectives d’avenir, adopter une approche intégrée (croiser les résultats de simulations quantitatives avec une analyse qualitative) et surtout apporter de la nuance aux prédictions alarmistes ! Ainsi, l’une des méthodes d’analyse utilisées aboutissait au résultat (de prime abord catastrophique) suivant : la numérisation causerait la perte de pas moins de 50% des métiers actuels d’ici 2040 ! Mais si on va plus loin, en allant sur le terrain pour interviewer les représentants des différents secteurs analysés, si on aborde avec eux leur perception des transformations à venir, on parvient à relativiser ce discours pessimiste en distinguant, en termes de risques et effets sur l’emploi, les trois catégories de l’infographie qui suit.

De telles nuances rassurent : le remplacement des humains par des robots est certes inéluctable dans certains domaines, mais la  grande majorité des emplois seront plutôt concernés par une dynamique de transformation (un exemple : dans le secteur bancaire, le travail du secrétariat s’est « transformé » en 40 ans, mais le métier existe toujours), voire une adaptation de leur réalité professionnelle, et ce  pour fonctionner avec de nouveaux outils (comme l’usage du tableau numérique, autre exemple, dans l’enseignement).

Pour les approfondissements souhaités sur cette étude, nous vous invitons à vous rendre sur ce site : https://www.iweps.be/publication/digitalisation-de-leconomie-wallonne-lecture-prospective-strategique

Le deuxième éclairage proposé sur l’évolution du marché de l’emploi fût celle de Jean-Claude CHALON, Directeur de l’AMEF (le service d’Analyse et prospective du Marché de l’Emploi du Forem). Son exposé avait pour objectifs d’abord d’évoquer des métiers recherchés au-delà de 2020 sur base des analyses sectorielles que son service mène dans une « perspective de prospectives » (car il s’agit évidemment d’articuler au mieux l’offre de Forem Formation aux besoins des entreprises et de l’économie) et d’ensuite contextualiser ces études par rapport à nos publics. Car notre intervenant du Forem n’a pas manqué de souligner que tout ce travail de collecte d’informations effectué auprès de partenaires pointus (tels que les centres de compétences, des experts issus de centres de recherches et autres pôles de compétitivité) ne peut qu’aboutir à une certaine vision des choses…assez éloignée des constats de terrain dans les CISP. 

Concrètement, si on se projette dans l’avenir et qu’on se penche sur les évolutions attendues (tant pour les travailleurs que pour les employeurs), sur le devenir du marché de l’emploi et sur les métiers en émergence, on se rend bien compte que pour les personnes peu qualifiées, peu de métiers seront encore accessibles. On le remarque déjà dans le fait que les exigences des employeurs augmentent en matière de compétences. Ainsi, pour de mécanicien automobile, on demande de plus en plus un niveau d’enseignement supérieur alors qu’avant le secondaire pouvait suffire.

Autre point d’attention : bien que le Forem continue à garder une logique « métiers» dans sa communication actuelle, force est de constater qu’on parlera de moins en moins en termes de « métiers » mais plutôt de « portefeuilles de compétences. Les fonctions deviendront progressivement toujours plus « hybrides », comme celle du chauffeur dans le secteur des Transports : il n’y aura bientôt plus rien de surprenant à exiger de lui qu’il s’occupe également de la livraison et du réassort dans le magasin. Retenons-en donc qu’il faudra plutôt parler d’une  « évolution » de certaines fonctions plutôt que de nouveaux métiers.

Enfin, après nous avoir évoqué lesdomaines d’activités stratégiques dans un futur proche, l’impact qu’auront différents effets (comme l’automatisation) et facteurs (comme la globalisation ou le développement durable) sur l’emploi mais aussi sur les entreprises (qui devront elles aussi s’adapter), le Directeur de l’AMEF est revenu plus pragmatiquement sur l’adéquation que les hommes et les femmes de demain devront idéalement développer en matière de compétences. Et c’est là qu’on revient en terre connue pour les CISP, avec une classification des besoins en compétences sous forme de référentiels, en trois grands domaines : les compétences digitales (soit celles qui permettront à la personne d’utiliser les ressources numériques dans son travail), les compétences techniques et les compétences non techniques, celles qui incluent notamment ce que nous appelons du savoir-être, et qui seront de plus en plus prisées par les employeurs. C’est bien sur ces dernières que notre secteur devrait, selon lui, miser à l’avenir dans le contenu de ses formations !

Métier par métier, le Forem a créé des graphes tels que celui que nous vous proposons en guise d’illustration. On sait que ce type d’outil est appelé à devenir une référence pour l’accompagnement à l’acquisition de compétences transversales et qu’il fait actuellement l’objet de développements dans des projets européens. Nous ne manquerons pas d’ailleurs de vous reparler dans un prochain Caips Infonet.

Après la pause, ce fût au tour de nos affiliés de grimper sur l’estrade pour venir pour illustrer la thématique des métiers d’avenir par la présentation de quelques initiatives qui se veulent des réponses concrètes face aux nouveaux défis économiques et sociaux.

Bouchaïb SAMAWI, Directeur de l’EFT Droit et Devoir de Mons, et son collègue formateur Alexandre CAUFRIEZ, nous ont présenté leur formation à la maîtrise des imprimantes 3D. Ce type d’expérience existe dans d’autres centres affiliés qui ont également lancé des « FabLab” et forment leurs stagiaires à l’usage de machines numériques. Tout l’intérêt de cette intervention fût de comprendre comment ce centre avait pu monter un tel projet (en l’occurence par le biais d’un partenariat avec des centres tel que Technobel, Technofutur, Technocité qui disposent du matériel ad hoc) et ouvrir un tel champ des compétences aux demandeurs d’emploi qui n’ont peut-être pas fait « math’sup’ » mais qui disposent d’un potentiel! A travers quelques exemples, le formateur a cherché à nous faire saisir le monde des possibles que la formation à ces technologies ouvre au public: créer (mais aussi réparer) des prothèses, des accessoires pour le théâtre, des boîtiers d’ordinateur ou encore des jeux vidéo, et se préparer pour les exigences techniques de ce qui n’est déjà plus de la science-fiction. 

Suite à cet exposé aux accents futuristes parfois déroutants pour les plus néophytes d’entre nous,  Albert DELIÈGE du CISP Devenirs  et Hugues MOUCHAMPS de la Bourrache nous ont permis de redescendre sur le plancher des vaches ou plutôt sur les terres que leurs centres (ré)apprennent à exploiter à leurs stagiaires. A la lumière des exposés de la matinée, on sait combien ce secteur devrait souffrir en matière d’emploi, mais ces deux expériences ont le mérite d’aller à l’encontre des prédictions pessimistes qui concernent le secteur de l’agriculture.

Chez Devenirs, où sont organisées depuis 10 ans des formations en maraichage et horticulture bio, on porte une attention toute particulière, en lien avec le projet du stagiaire, sur les besoins et les ressources présentes sur les territoires des communes rurales. Ainsi, tout est mis en place pour offrir aux futurs maraîchers l’environnement formatif le plus favorable possible: mise à disposition d’ « espaces test » (des parcelles faciles d’accès, à proximité de chez eux, sur lesquelles ils pourront produire leurs propres légumes), de matériel adéquat, et accompagnement d’un formateur qui aidera à la réalisation du plan de culture voire à la commercialisation de la production (en partenariat avec une couveuse d’entreprises pour le lancement des ventes). L’aspect « stratégie commerciale », c’est  également le levier, assez original dans le secteur des CISP comme le soulignera le Directeur de la Bourrache, sur lequel son équipe s’appuie aujourd’hui pour accompagner les stagiaires qui s’inscrivent dans leur filière de maraîchage bio. Le service de vente de légumes de saison, rappelle-t’il, est une activité qui reste accessible à des personnes peu qualifiées et qui sera difficilement « remplaçable », en tous cas dans des petites structures, par un processus de digitalisation. Sachant combien la demande est croissante pour des légumes bio, notamment en circuit court, on peut espérer du maraichage bio qu’il soit un secteur d’avenir. Et si former au business modèle, à côté des techniques classiques de maraîchage,  n’est pas la spécificité d’un CISP, c’est une évolution qui s’est faite tout naturellement…car il faut bien assurer la viabilité de centres qui ne peuvent survivre qu’avec des appels à projets. Montrer aux stagiaires un système qui fonctionne, c’est aussi les inspirer et finalement…investir dans leurs projets post-formation !

Pour évoquer d’autres métiers à l’évolution somme toute récente au niveau de l’environnement, en l’occurrence ceux du recyclage, Vincent DONCKERS (responsable du pôle d’économie sociale au CPAS de Charleroi) nous a présenté le travail de leur EFT. Il en a d’emblée scindé les aspects formatifs et commerciaux.  Car on le sait, il ne suffit pas d’y apprendre les rudiments d’un métier, il faut, en tant qu’entreprise, développer toute une stratégie commerciale pour assurer également la qualité du volet formatif, ce qui implique de diversifier les produits (en proposant, au-delà de la revalorisation, de faire de la patine sur certains meubles, de regarnir les fauteuils, etc..), d’alimenter le magasin avec des produits de qualité,  d’innover, de suivre les besoins de la clientèle, mais aussi de trouver des financements pour se développer…ce qui est parfois compliqué dans un contexte institutionnel comme celui d’un CPAS ;  raison pour laquelle il tient à souligner l’investissement du CPAS de Charleroi dans l’achat d’un logiciel qui permettant d’assurer la traçabilité complète des meubles rénovés et à terme leur vente en ligne. Pour l’aspect formatif, il a mis l’accent sur tout le travail partenarial mis en place chez Transform’ pour professionnaliser la formation vers ce qui constitue des « nouveaux métiers» : via le travail de rédaction du référentiel métier et formation de valoriste, ou encore la mise en place de collaborations pour certifier les modules de formation, et demain les compétences des stagiaires avec la promotion sociale. Enfin pourquoi pas, bientôt, ils l’espèrent, sous-traiter un centre de validation de compétences du Forem. Tout ce travail entamé devrait permettre des niches d’emplois accessibles à des publics comme ceux des CISP. Pour optimaliser une offre de formation, il faut s’entourer des bonnes personnes. Travailler à la communication de ce qu’on sait faire de bien, savoir se vendre, est tout aussi important. C’est une dimension, rappellera t’il, que l’EFT travaille actuellement dans le cadre du projet VISES.

Nathalie MESNIL lui succède ensuite pour nous parler de l’importante gamme de services de proximité développée au sein de son CPAS à Chapelle-lez-Herlaimont, une expérience de plus de 30 ans qui a le mérite d’être assez novatrice dans l’aide aux aînés. Après nous avoir brossé le contexte socio-économique d’une commune caractérisée par une forte  paupérisation et un vieillissement massif de sa population (elle compte déjà 20% de personnes de plus de 65 ans), elle nous expliquera combien veiller au respect de la dignité et l’épanouissement des seniors, favoriser leur maintien à domicile, constitue une priorité dans sa commune. De ce choix politique se sont déclinées de nombreuses actions dont la Silver Economy pourra s’inspirer dans les années à venir, au su de l’évolution démographique qui nous attend. On a donc pris les devants à Chapelle-lez-Herlaimont: on y a investi dans des services de soins,  d’aides familiale ou encore de livraison de repas chauds (produits par l’EFT locale dans le cadre de sa formation en cuisine de collectivité) aux domiciles de ceux qui ne peuvent plus se déplacer.  On accorde une attention toute particulière au maintien du lien social, notamment au restaurant social fréquenté principalement par les personnes âgées. Cette assistante sociale du CPAS nous a ensuite énuméré toute une série d’autres services et activités inclusives pour nos aînés qui sont des filières de formation « gagnantes » pour nos publics. Citons à titre d’exemples à suivre : les services couture, lavoir-repassage (leur CISP assure également le ramassage du linge), le service « Espace verts » pour les petits entretiens des jardins, le transport collectif,..

La dernière intervention du colloque fut celle de notre collègue Céline LAMBEAU, chargée chez CAIPS des projets « Mobilité ». Car se déplacer pour aller travailler, voire se former, constituera un défi majeur dans les années à venir, et les inégalités seront toujours plus criantes.  Après avoir introduit son propos en présentant l’impact qu’auront les enjeux de mobilité sur l’économie, le fonctionnement du marché du travail, l’environnement et la santé publique, Céline a souligné l’urgence de mesures et d’accords politiques pour assurer une cohérence des politiques de mobilité à venir. Diverses initiatives et solutions existent pourtant déjà sur le terrain. Ces Etats Généraux constituaient une vitrine idéale pour en valoriser certaines, qu’elles soient sectorielles, comme les centrales de mobilité, le Consortium Mobilité (dont le mémorandum a déjà été évoqué dans d’autres numéros de votre newsletters) ou encore, dans une logique de continuité, notre projet Erasmus « Mob In Europe ». Certains de nos affiliés et partenaires s’y investiront pour travailler à la création d’outils d’e-learning pour des formations Mobilité et permis de conduire. A un niveau plus local, Céline a mis en exergue d’autres initiatives portées par des centres affiliés à CAIPS pour aider les stagiaires à se préparer aux exigences d’une société où la mobilité constituera un critère de sélection toujours plus incontournable: des projets d’auto-écoles sociales (comme celles de Chantier, SPOT, et du CPAS de Mons), l’organisation d’une filière de formation au transport de personnes chez Devenirs ou encore tout le travail de conception, chez Perspectives, de l’outil d’évaluation des compétences en mobilité « You Move ».  Toutes ces actions et d’autres encore seront d’ailleurs mises à l’honneur des Etats Généraux l’année prochaine ! Ils porteront en effet sur la mobilité inclusive et seront organisés en septembre 2019 pour coïncider avec la semaine de la Mobilité !

C’est sur cette promesse et après les habituels débats que nous vous relayerons dans les Actes que s’est achevée cette matinée,  conclue par Jean-Luc VRANCKEN. Il a brièvement rappelé les interventions et remercié celles et ceux qui ont permis d’alimenter cette réflexion pour la postérité, avant d’inviter l’assemblée à découvrir les alléchants buffets dont l’IFAPME de Charleroi a le secret et qui, de source sûre, ont réjoui tant les yeux que les cœurs et les estomacs.

Anne-France LELOUP

 

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